Le chœur de la cathédrale d’Oviedo
Pendant des siècles, le chœur occupa une place importante dans la nef centrale de la cathédrale San Salvador d’Oviedo. Cet espace était réservé au chapitre pour la prière et les offices liturgiques et abritait d’importantes stalles gothiques tardives, l’une des grandes réalisations en bois exécutées pour l’édifice à la fin du XVe siècle.
Le chœur de la cathédrale d’Oviedo. Photographie : Jl FilpoC / Wikimedia Commons. Licence CC BY-SA 4.0.
Un chœur de la fin du XVe siècle
La réalisation des stalles remonte aux dernières décennies du XVe siècle et est liée à l’épiscopat de Juan Arias del Villar (1487-1498), période durant laquelle l’achèvement des nefs gothiques de la cathédrale progressa de manière décisive.
La cathédrale d’Oviedo attribue les stalles au sculpteur Alejo de Vahía et à son atelier, avec une datation approximative entre 1491 et 1497. Leur langage artistique témoigne d’une forte tradition gothique tardive et d’une nette influence flamande, perceptible aussi bien dans les figures que dans la richesse des éléments ornementaux.
Où se trouvait le chœur
L’ancien chœur ne se trouvait pas dans le chevet, comme pourrait l’imaginer un visiteur aujourd’hui. Il occupait une partie de la nef centrale, devant le transept, formant un espace distinct au sein du vaste ensemble gothique.
Cette disposition était courante dans de nombreuses cathédrales espagnoles : les chanoines se réunissaient dans un espace clos, organisé sur deux niveaux de sièges et visuellement séparé du reste de la nef par des structures architecturales et une grille.
Les stalles gothiques
Les stalles étaient organisées en deux rangées de sièges : stalles hautes et stalles basses. Les sources de la cathédrale indiquent que l’ensemble commandé par Arias del Villar comprenait quarante-quatre stalles hautes et quarante-six stalles basses.
Les stalles étaient principalement réalisées en bois de noyer. Les éléments conservés présentent des dossiers, des dais ajourés, des marqueteries et une abondante décoration sculptée qui permet d’apprécier la qualité atteinte par les ateliers ayant participé à l’ensemble.
Qu’est-ce qu’une stalle ?
On appelle stalle chacun des sièges qui composent les stalles d’un chœur. Dans les cathédrales, ils étaient destinés aux membres du chapitre et disposés de façon ordonnée autour de l’espace choral.
Sculptures, marqueteries et scènes
L’un des aspects les plus intéressants des stalles est la variété de leur décor. Les vestiges conservés associent des motifs religieux à d’autres de caractère profane, un phénomène fréquent dans la sculpture des stalles à la fin du Moyen Âge.
- Apôtres, saints et prophètes.
- Motifs végétaux et ornements de tradition gothique.
- Animaux réels et créatures fantastiques.
- Scènes liées à la chasse et autres sujets profanes.
- Marqueteries sur les dossiers, comprenant notamment des motifs héraldiques et la Croix des Anges.
La combinaison de ces thèmes fait de ces stalles un témoignage particulièrement précieux de la culture visuelle de la fin du XVe siècle et montre comment le religieux, le symbolique et le quotidien pouvaient coexister dans le décor d’un même ensemble.
Le démontage du chœur en 1901
L’aspect intérieur de la cathédrale changea profondément au début du XXe siècle. En 1901, le chœur qui occupait la nef centrale fut démonté dans le cadre d’une réforme menée sous l’épiscopat de Ramón Martínez Vigil afin de dégager la perspective intérieure de l’édifice.
Avec la disparition de l’espace choral, d’autres éléments qui lui étaient liés furent également démontés. Les anciens orgues baroques disparurent, tandis que les stalles furent déplacées et réparties dans différentes dépendances de la cathédrale. L’arc central du rétrochœur, œuvre de Juan de Badajoz el Viejo, fut réutilisé comme portail à l’entrée de l’escalier baroque de la Cámara Santa.
Ce qui est conservé aujourd’hui
Les stalles ne sont pas parvenues intactes jusqu’à nos jours. Après leur démontage, une partie fut installée dans la chapelle Sainte-Barbe. Les événements révolutionnaires de 1934 causèrent de graves dommages dans plusieurs secteurs de la cathédrale et touchèrent également ces pièces.
Les éléments ayant survécu furent ensuite récupérés et restaurés. Ils peuvent aujourd’hui être admirés dans la salle capitulaire, où sont réunies cinq stalles hautes et vingt-trois stalles basses.
Détail des stalles : les vestiges conservés permettent d’apprécier la sculpture et le décor de cet ensemble gothique tardif
L’ancienne grille du chœur
L’espace était délimité par une grille gothique qui contribuait à isoler le chœur dans la nef. Elle fut commandée par l’évêque Juan Daza, qui occupa le siège épiscopal d’Oviedo entre 1498 et 1502.
Quatre sections de cette grille sont conservées, avec des barreaux, un décor végétal, des arcs en accolade, des pinacles et des motifs héraldiques. Ces vestiges sont associés à l’espace de la salle capitulaire et du cloître.
Une œuvre qui permet de reconstituer l’ancien intérieur de la cathédrale
Bien que le chœur n’occupe plus son emplacement d’origine, les éléments conservés permettent de mieux comprendre l’aspect intérieur de la cathédrale d’Oviedo avant les réformes du XXe siècle. Les stalles constituent en outre l’un des principaux témoignages de la sculpture sur bois gothique tardive conservés dans l’édifice.
Leur caractère fragmentaire a également suscité l’intérêt des chercheurs : plusieurs travaux ont utilisé la photogrammétrie et la reconstitution tridimensionnelle afin d’étudier l’apparence que pouvait avoir l’ensemble complet dans son emplacement d’origine.